
Brandir une arme en public, la montrer pour intimider, l'exhiber lors d'une dispute : ces gestes peuvent coûter cher. Mais quel article du Code pénal sanctionne précisément l'« exhibition d'arme » ? La réponse est plus complexe qu'il n'y paraît.
L'exhibition d'arme n'existe pas… juridiquement !
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, aucun article du Code pénal ne définit spécifiquement l'infraction d'« exhibition d'arme ». Ce terme, pourtant couramment utilisé, ne figure dans aucun texte de loi en tant que tel.
Pourtant, exhiber une arme est bel et bien répréhensible. Comment ? Par le biais de plusieurs qualifications juridiques qui, combinées, permettent de sanctionner ce comportement dangereux.
Avant toute chose, il faut savoir ce qu'est légalement une arme. L'article 132-75 du Code pénal donne une définition très large : « Est une arme tout objet conçu pour tuer ou blesser. »
Mais ce n'est pas tout. La loi distingue les armes par nature (conçues pour tuer ou blesser) et les armes par destination (objets du quotidien détournés de leur usage). La loi précise même que les objets ressemblant à une arme (comme un pistolet factice) ou les animaux utilisés pour menacer sont assimilés à des armes.
En clair, ce qui compte, ce n'est pas seulement la nature de l'objet, mais l'intention et le contexte dans lesquels il est exhibé.
Vous possédez légalement une arme ? Cela ne vous donne pas le droit de la transporter partout.
L'article 222-54 du Code pénal punit le port ou le transport d'armes de catégories A ou B hors de son domicile sans motif légitime.
Les sanctions vont de 7 ans de prison et 100 000 € d'amende en cas d’infraction simple, mais peuvent aller jusqu’à 10 ans d’emprisonnement et 500 000 € d'amende en cas de récidive ou si plusieurs personnes sont impliquées
Pour les armes de catégories C et D, l'article L317-8 du Code de la sécurité intérieure prévoit :
Exemple concret : Vous avez un fusil de chasse enregistré. Le transporter dans votre coffre pour aller au stand de tir est légitime. Le sortir lors d'une dispute de voisinage ne l'est pas.
Lorsque l'exhibition d'une arme s'accompagne d'une menace, les peines deviennent beaucoup plus lourdes. Le Code pénal aggrave considérablement les sanctions pour certaines infractions commises avec une arme.
Exemples :
Important : Même si l'arme n'est pas utilisée, le simple fait de la brandir lors d'un vol ou d'une tentative d'extorsion suffit à caractériser l'infraction aggravée.
Les tribunaux sont particulièrement sévères envers l'exhibition d'armes dans le cadre professionnel, même sans menace directe.
Cas jurisprudentiels marquants :
Le message est clair : montrer une arme au travail, même « pour rire », peut coûter votre emploi.
Les juges considèrent que l'exhibition d'une arme, particulièrement accompagnée de menaces, constitue un comportement gravement répréhensible, tant sur le plan pénal que disciplinaire.
La Cour d'appel de Rouen, Chambre correctionnelle, 9 mars 2011, n° 10/00903 a confirmé la condamnation d'un prévenu ayant exhibé une arme dans un contexte de menaces réitérées, soulignant le caractère intimidant de ce geste.
Le principe retenu est le suivant : l'exhibition d'une arme crée une situation de danger immédiat pour autrui, justifiant une répression sévère, même en l'absence d'usage effectif de l'arme.
Si l'« exhibition d'arme » n'apparaît pas textuellement dans le Code pénal, le législateur et les juges ne laissent aucune tolérance face à ce comportement. Que ce soit par le biais du port illégal d'arme, de la menace aggravée, ou de la faute disciplinaire, exhiber une arme expose à des conséquences juridiques majeures
Le droit français part d'un principe simple : une arme exhibée est une arme menaçante. Et une menace, même sans passage à l'acte, est déjà une infraction.